18 mai 2026

SURPOPULATION CARCÉRALE : UN SYSTÈME ABSURDE, DES AGENTS AU BORD DE LA RUPTURE !

 

La situation dans nos établissements pénitentiaires n’est plus seulement critique : elle est devenue explosive et structurellement intenable.

Chaque semaine, les chiffres tombent comme des couperets, brisant les records précédents. Aujourd’hui, les prisons françaises comptent 88 000 personnes détenues pour seulement 63 000 places. Ce record historique se traduit par une densité carcérale moyenne de 139 %, bondissant à plus de 200 % dans certaines maisons d'arrêt comme Limoges, Auxerre, Tours ou Amiens. Plus alarmant encore : 7 500 détenus dorment aujourd’hui sur des matelas au sol.

Pendant ce temps, chez nos voisins allemands, le taux d'occupation stagne à 80 %. Pourquoi ? Parce que la prison y est une exception, pas un réflexe. En France, nous marchons sur la tête.

L’administration pénitentiaire souffre : le personnel en première ligne

 

Pour les personnels de surveillance, la réalité quotidienne est devenue un enfer de gestion de crise permanente.

  • Sécurité bradée : Comment mener des fouilles efficaces et fructueuses dans une cellule initialement prévue pour une personne, mais occupée depuis des mois par trois détenus ? C’est l’analogue d’un bus de 52 places dans lequel 104 personnes ont pris place : est-ce que ce bus est en sécurité ? Pour les établissements pénitentiaires, plus le nombre de détenus par agent augmente, plus la sécurité de tous s'effondre.
  • Missions dénaturées et perte d'attractivité : Entassés 21 heures sur 24 à trois dans des espaces exigus, les détenus vivent dans une tension permanente où tout devient source de conflit (télévision, réchaud, hygiène, tabac). Les surveillants ne peuvent plus exercer leur cœur de métier : l'observation et la surveillance. Ils sont réduits à un rôle d'extincteurs de tensions et de gestionnaires de conflits quotidiens. Cet appauvrissement de la fonction détruit l'attractivité de notre métier.
  • Les causes d'un naufrage : l'illusion populiste et le refus de voir la réalité

Contrairement aux idées reçues, la crise de notre système carcéral découle essentiellement d’un ciblage perfectible de la réponse pénale. Le véritable enjeu est de se demander qui l’on envoie en prison. En incarcérant de manière indifférenciée, le système sature les cellules au détriment d'une fermeté absolue et durable qui devrait être prioritairement réservée aux individus présentant une dangerosité endogène et aux auteurs d'atteintes aux personnes.

Il devient donc indispensable de différencier la nature des délits afin de n'incarcérer que les profils qui le nécessitent réellement.

Faute d'une telle rationalisation, et face à un taux insuffisant de peines alternatives ou à une trop faible saisine de la Libération Sous Contrainte, la machine judiciaire s'asphyxie. S'y ajoute une gestion immobilière catastrophique qui nous oblige à maintenir 108 établissements construits avant 1912... Le résultat est là :

 

ZÉRO sécurité, ZÉRO réinsertion

Une absurdité systémique : Si les hôpitaux fonctionnaient comme nos prisons, chaque citoyen qui consulte un médecin généraliste serait immédiatement hospitalisé. Le système de santé aurait explosé en quelques mois. C’est pourtant le sort de nos maisons d’arrêt : censées accueillir les profils les plus dangereux, elles servent aujourd’hui de déversoir

Nos revendications : Urgence absolue et Régulation Carcérale !

On ne réglera pas cette crise avec de nouvelles prisons trop couteuses et trop longues à construire. Une seule solution : pour désengorger, il faut limiter les entrées et favoriser les sorties.

Le Syndicat Interco CFDT Pénitentiaire exige des mesures immédiates et concrètes :

  1. La mise en place de la régulation carcérale (Le "STOP ÉCROU") : Un principe simple : un entrant pour un sortant.

 

  1. Le développement massif des alternatives à l'incarcération et des aménagements de peine : Ce qui a fonctionné pendant la crise du COVID doit devenir la norme pour les détenus proches de la sortie (bracelets électroniques, contrôles judiciaires)

 

  1. Un plan de recrutement massif de CPIP : Annoncer 100 postes de CPIP en 2026 est une goutte d'eau face au séisme actuel. Il manque 1 000 CPIP sur le terrain ! Ce sont eux qui rédigent les Enquêtes Sociales Rapides (ESR), permettant aux juges d'éviter la prison aux profils qui n'y ont pas leur place.

 

 

Les personnels pénitentiaires ne sont pas des variables d'ajustement. Nous refusons de payer de notre sécurité et de notre santé mentale l'incohérence des politiques pénales !

 

Pour préserver l'intégrité de nos missions et la sécurité des personnels, l'application d'un mécanisme de régulation carcérale ne peut plus attendre.

 

Retour aux actualités >